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Michael CAMARDESE

Le cabinet des nouvelles

Langue

 

Je me suis installé ce matin à mon bureau comme je l’ai fait tant de fois au cours de ma vie. La maison était encore silencieuse, traversée seulement par le souffle régulier de la mer.

De ma chaise, j’aperçois le jardin que j’ai façonné au fil des décennies sans jamais chercher à le dompter vraiment. Il a gardé quelque chose de sauvage, une indiscipline discrète qui me plaît davantage aujourd’hui qu’elle ne me plaisait autrefois. Le vieux pommier penche un peu plus chaque année, comme s’il voulait saluer la mer avant de s’y laisser tomber un jour.

 

La mer, justement, je l’entends plus que je ne la vois. Elle est là, à quelques dizaines de mètres, derrière la haie de tamaris. Elle respire, gronde, chuchote, selon l’humeur du jour, et je crois que c’est elle qui m’a retenu ici.

 

C’est ici que j’ai décidé d’écrire ce qui doit l’être, non pour me confesser mais pour laisser une trace, qui, peut-être, survivra à l’effacement inévitable de ma personne. Je n’ai pas l’ambition de composer des mémoires au sens noble du terme ; je veux seulement déposer, avec la plus grande honnêteté possible, ce que la vie m’a donné et ce que j’ai tenté de construire. Et surtout, ce que j’ai compris trop tard et ce que je n’ai jamais su dire.

Je ne l’ai jamais dit. À personne.

Il y a des silences qui finissent par devenir une seconde vie.

La mienne s’est construite autour de celui-là.

 

Ce bureau est la pièce que j’ai toujours considérée comme le cœur battant de mon existence. Je l’ai aménagé il y a longtemps et y ai accumulé une collection hétéroclite d’objets qui, pour la plupart, n’ont de valeur que pour moi : un presse‑papier en verre soufflé acheté dans une boutique de Quimper, un encrier en bronze trouvé dans une brocante, un vieux compas de marine dont je ne sais presque rien. Ces objets sont pour moi autant de balises, de points d’ancrage dans le flux parfois tumultueux de la mémoire. Je les regarde souvent avant de me mettre à écrire, comme si chacun d’eux détenait un fragment de ce que je cherche à dire.

C’est pour cette raison que j’ai choisi d’écrire ici, plutôt que dans une pièce plus confortable.

 

Depuis que j’ai entrepris ce travail, je me surprends à penser différemment, non pas avec plus de profondeur mais avec une forme de lenteur réfléchie, une manière de laisser les idées se déposer avant de les saisir, ou plutôt… de les reprendre quand elles sont là. Je marche davantage dans le jardin, je m’arrête plus souvent devant la fenêtre, je prends le temps d’écouter les bruits de la maison.

 

Je crois que c’est cela, vieillir. Les jeunes vivent dans une urgence permanente, persuadés que chaque instant doit être rempli, optimisé, justifié. Moi, je découvre avec une certaine gratitude que l’on peut encore, à mon âge, éprouver du plaisir à ne rien faire, à laisser la lumière glisser, à écouter le vent s’engouffrer sous la porte, à sentir l’odeur de la mer monter avec la marée.

Je ne sais pas si ce que j’écris a une quelconque importance. Peut-être ces pages ne seront-elles jamais lues, peut-être ne survivront-elles pas à ma disparition. Mais je sens, avec une certitude que je ne m’explique pas entièrement, que ce geste est nécessaire.

 

La mémoire est un territoire mouvant, et il est probable que certaines zones resteront obscures. Mais je veux au moins tenter de tracer un chemin, de laisser une ligne continue qui relie ce que j’ai été à ce que je suis devenu. Peut-être est-ce cela, finalement, la seule forme de transmission qui vaille.

Je commence donc ici, avec la mer pour témoin.

 

Il y a une raison véritable à écrire, tant que la raison m’habite encore. Je ne l’écris pas de gaieté de cœur, ni par goût du spectaculaire, mais parce qu’il serait malhonnête de prétendre transmettre quoi que ce soit en laissant ce noyau-là dans l’ombre. Je m’appelle Aimé, et j’ai porté un uniforme que je n’aurais jamais dû porter. J’ai servi, jeune homme, dans une armée qui n’aurait jamais dû exister. On m’avait donné des raisons, des mots, des slogans, des explications qui, à l’époque, me semblaient solides. Ils ne l’étaient pas. Nous savions assez pour comprendre, pas assez pour dire que nous ignorions.

 

Je ne vais pas détailler ici. Il y a des mots pour ça. Il y en a même beaucoup.

Je ne sais pas encore lequel est le bon ou peut-être que je le sais trop bien. D’autres ont déjà raconté cela mieux que moi. Ce que je veux déposer dans ces pages, je sens le devoir aujourd’hui à mes enfants, mes petits-enfants et, parce que le premier vient d’arriver, à mon arrière-petit-fils. A quatre-vingt treize ans, je ne peux plus me cacher.

Ce cahier est mon testament, au sens le plus nu du terme. Ce que je leur laisse, la fortune et l’histoire, viennent de mensonges que je ne peux plus garder en moi. Ils croient savoir d’où je viens, ils se trompent et je les ai laissés croire.

Je suis né Aimé, mais je n’ai pas toujours porté ce prénom. Celui que j’avais avant, celui que mes parents prononçaient, je l’ai laissé derrière moi comme on laisse un vêtement trop lourd. Il appartenait à un autre pays, à une autre langue, à une autre fidélité. Quand je suis arrivé ici, j’ai choisi Aimé parce que c’était simple, parce que c’était doux, parce que personne ne demanderait d’où il venait.

Je n’ai jamais dit à mes enfants que leur père n’était pas né du bon côté de la frontière. Je n’ai jamais dit que mon nom figurait un jour sur une liste où il n’aurait jamais dû être.

 

Je ne saurais dire exactement quand les choses ont commencé à changer. Ce n’est pas un événement précis. C’est plus subtil, une variation presque imperceptible dans la manière dont un parfum que l’on croyait connaître se modifie sans prévenir. Depuis quelques semaines, peut-être quelques mois, je sens que mon esprit, autrefois si prompt à saisir les nuances, met un peu plus de temps à rassembler les fils d’une idée. Rien d’alarmant, rien qui m’empêche d’écrire ou de penser, mais une sorte de flottement, comme si les mots prenaient un détour parfois.

 

Je m’en suis rendu compte un matin où, assis à mon bureau, j’ai voulu décrire le mouvement de la mer. C’est un exercice que j’ai fait mille fois, presque machinalement, mais ce jour-là, le mot ne venait pas. Ce n’était pas le seul. D’autres mots, plus importants, restent eux aussi hors de portée. Ceux-là ne reviendront peut-être pas.

Je voyais la mer, je l’entendais, je la sentais même, mais le terme exact, celui qui aurait rendu justice à sa couleur, à sa texture, à son humeur du moment, restait hors de portée. J’ai attendu, patiemment, et il a fini par venir, bien sûr, mais il avait perdu quelque chose de son évidence.

Depuis, cela se reproduit. Pas de manière inquiétante, mais suffisamment pour que je le remarque. Une phrase qui s’allonge plus que je ne l’aurais voulu, un souvenir qui se présente d’abord sous une forme floue, avant de se préciser ou une date qui hésite.

À mon âge, il serait absurde de s’étonner que l’esprit ne soit plus aussi vif qu’à trente ou quarante ans.

Je ne m’en plains pas. Il y a dans cette fragilité nouvelle une forme de douceur, une manière d’être au monde qui m’oblige à prêter attention à ce que j’aurais autrefois négligé. Je m’arrête plus volontiers au milieu d’un paragraphe pour regarder la mer, ou pour écouter le vent, ou simplement pour laisser mon esprit se reposer un instant.

 

Il y a quelques jours, j’ai voulu raconter un épisode de mon enfance, un souvenir pourtant très clair, que j’ai souvent évoqué mentalement sans jamais le coucher sur le papier. Je me souvenais du lieu, de l’odeur de la terre mouillée, du bruit des sabots sur les pierres, de la voix de ma mère qui m’appelait depuis la cuisine. Tout cela était intact. Mais un détail, un seul, refusait de se laisser saisir : la couleur du foulard qu’elle portait ce jour-là. Je la voyais, je voyais son visage, ses mains, la manière dont elle se penchait vers moi, mais le foulard restait sans couleur, comme si la mémoire avait effacé ce fragment précis. J’ai attendu, j’ai fermé les yeux, j’ai essayé de me replonger dans la scène. Rien. Le foulard demeurait neutre, indéfini, comme un objet encore en attente de sa teinte.

 

J’ai fini par écrire la scène sans mentionner le foulard. Ce n’était pas important, me suis-je dit. Et pourtant, une part de moi a senti que quelque chose manquait, que le souvenir n’était pas complet. J’ai refermé le cahier plus tôt que d’habitude ce jour-là, parce que mon esprit avait besoin de repos. Je suis sorti et ai marché lentement entre les massifs.

Depuis, je continue d’écrire chaque matin, avec la même discipline, la même volonté de laisser une trace. Mais je sens que ce travail, qui me semblait au départ une simple mise en ordre, devient peu à peu une manière de lutter contre l’effacement.

Au début, je croyais que ce cahier serait seulement un moyen de mettre un peu d’ordre dans mes souvenirs, de relier entre eux les lieux, les visages, les saisons. Mais je sais bien que ce n’est pas seulement cela. Ce que je redoute le plus, c’est d’oublier ce que j’ai été capable d’accepter. Ce n’est pas d’oublier les faits. C’est de perdre les mots qui les rendent impossibles à nier.

Il y a des choses que je n’ai jamais racontées, non parce que je voulais les cacher, mais parce que je ne savais pas comment les dire.

Je me souviens d’un hiver, quelque part à l’Est. Je me souviens du froid qui brûlait les mains, du silence des villages, des ordres vite donnés. Je me souviens des chiens, de ce que j’ai vu, et de ce que je n’ai pas empêché.

J’étais là. Et parfois, ça suffit à condamner un homme.

La vérité, c’est que je n’ai pas quitté les rangs. J’ai continué. J’ai continué parce que j’avais peur, parce que j’étais fier, parce que je ne voulais pas perdre ma place, parce que je ne voulais pas être celui qui se détache. Tout cela est laid à écrire, mais je ne vois pas comment dire autrement. Et encore, je n’écris pas tout.

Pas encore. Il y a une ligne que je n’ai pas franchie.

 

 

Je ne sais plus très bien depuis quand j’ai commencé à perdre le fil. Ce matin, par exemple, je me suis assis à mon bureau avec l’intention de reprendre un passage que j’avais laissé en suspens la veille. J’avais en tête une idée précise, une scène que je voulais raconter, un souvenir qui m’était revenu avec une netteté presque surprenante. Mais lorsque j’ai ouvert le cahier, la phrase que j’avais écrite la veille m’a paru étrangère. Ce n’était pas seulement la phrase. C’était ce qu’elle approchait, ce que je devais dire ensuite.

J’ai relu plusieurs fois, lentement, en espérant que le fil se renouerait, mais rien n’y faisait. La scène que j’avais en tête s’était dissipée, comme un rêve dont il ne reste que la sensation vague d’avoir été important.

 

J’ai refermé le cahier un instant, ai regardé la mer et respiré profondément. Parfois, cela suffit à remettre les choses en place. Pas cette fois.

Il y a aussi ces moments où je commence une phrase avec une intention claire, et où je me retrouve, quelques lignes plus loin, à dire tout autre chose. Ce n’est pas un manque de concentration, du moins je ne le crois pas. C’est plutôt comme si la phrase elle-même décidait de bifurquer, de prendre un chemin que je n’avais pas prévu.

 

Hier, j’ai voulu raconter un épisode de la guerre, un moment important, un tournant même, mais je me suis surpris à oublier ce que j’y faisais. Je vois des bergers allemands, des uniformes mais je ne me rappelle plus ce que je faisais là. C’est impossible. Je sais exactement ce que je faisais. Je le sais…mais je ne peux plus le dire.

Il y a quelques jours, j’ai eu un moment étrange. Je me suis réveillé avec la sensation d’avoir oublié quelque chose d’essentiel à l’endroit où il y avait les bergers allemands. Quelque d’intime, comme si une partie de moi avait glissé pendant la nuit dans une zone où je ne pouvais plus la rejoindre. J’ai passé la matinée à essayer de comprendre ce que c’était, mais rien ne venait. Ce n’est qu’en fin de journée que j’ai compris que ce que j’avais perdu n’était pas un souvenir, mais une certitude. La certitude que j’avais encore tout mon temps pour écrire ce que je veux écrire. Celle que je pourrais aller jusqu’au bout. Écrire la phrase entière. Celle qui commence par j’ai…

Je la connais. Je la porte depuis soixante-dix ans. Elle me suit comme une ombre, me réveille parfois et me serre la gorge.

Je voulais l’écrire aujourd’hui. Je voulais la poser là, sur la page, pour qu’elle cesse enfin de me tenir.

 

Je n’ai plus tout mon temps. Je le sais maintenant. Je le sens dans la manière dont les phrases se construisent, dans la manière dont les mots se présentent, dans la manière dont la lumière entre dans cette pièce. Je ne suis pas triste. Je ne suis pas inquiet. Je suis seulement… conscient.

 

Je continue. Je dois continuer. Tant que je le peux.

 

 

Je ne sais plus très bien comment commencer aujourd’hui. J’ai ouvert le cahier, posé le stylo, regardé la page, et quelque chose… quelque chose ne s’est pas aligné. Comme si la main et la pensée ne marchaient plus tout à fait ensemble. Ce n’est pas grave. Ce n’est pas grave. Je peux attendre. La mer attend bien, elle. Elle ne se presse jamais. Elle vient, elle repart, elle revient encore, comme si rien ne pouvait vraiment l’empêcher d’être ce qu’elle est.

 

Je voulais écrire quelque chose d’important, je crois. Une idée qui m’était venue hier soir, très nette, très… lumineuse. Je me souviens de la sensation, oui, de la sensation d’avoir trouvé une phrase juste, une phrase qui aurait pu tenir debout toute seule. Mais ce matin, elle n’est plus là. Il reste seulement une trace, un contour, comme l’empreinte d’un objet qu’on aurait retiré. Je cherche, je tourne autour, mais rien ne se précise. C’est comme essayer de saisir de l’eau avec les doigts.

 

Je me dis que ce n’est pas grave. Que je peux écrire autre chose. Que je peux écrire… écrire quoi ? Je regarde la fenêtre. La lumière est différente aujourd’hui. Plus blanche. Ou plus grise. Je ne sais pas. Elle tremble un peu, peut-être parce que mes yeux tremblent aussi. Je me lève, je m’approche, je regarde le jardin. Le pommier penche davantage. Je ne l’avais jamais vu pencher autant. Est-ce qu’il a bougé pendant la nuit ? Ou est-ce moi qui… non, non, ce n’est pas important.

 

Je retourne au bureau. Le stylo est là. Le cahier aussi. Je sais ce que je veux dire, mais les mots ne viennent pas dans le bon ordre. Ils arrivent, oui, mais comme des invités qui se trompent de porte, qui entrent dans la mauvaise pièce, qui s’assoient à la mauvaise place. Je dois les remettre en ordre, mais je ne sais plus très bien où est l’ordre. Il y en a un, un seul, il ne vient plus du tout.

 

Je commence une phrase. Elle s’interrompt. Je recommence. Elle s’effiloche. Je change de mot. Il ne va pas. Je cherche un autre. Il manque. Je le sens, je le sens juste derrière, mais il refuse de se montrer. Alors j’en prends un autre, un mot plus simple, un mot qui n’est pas le bon mais qui fera l’affaire. Je me dis que ce n’est pas grave. Que personne ne verra la différence. Mais moi, je la vois. Je la sens. Elle me pique un peu, comme une écharde sous la peau.

 

Hier, j’ai voulu écrire le nom d’un lieu où j’ai vécu longtemps. Un lieu que je connais par cœur. Je voyais la rue, la façade, la porte, la couleur de la porte, oui, la couleur était… était… je ne sais plus. Et le nom. Le nom ne venait pas. Je l’avais sur la langue, mais il glissait, il glissait comme un savon mouillé. J’ai écrit « là-bas ». C’est ridicule. « Là-bas ». Comme si toute une vie pouvait tenir dans un « là-bas ».

 

Je me fatigue vite, maintenant. Pas physiquement. Non. C’est autre chose. Une fatigue dans la tête, comme si elle devait pousser contre quelque chose d’invisible. Je fais des pauses. Je regarde la mer. Elle, au moins, ne change pas. Ou alors elle change tout le temps, mais d’une manière qui reste la même. Je ne sais plus. Je ne sais plus très bien comment dire les choses simples.

 

Ce matin, j’ai écrit un mot deux fois. Le même mot. Deux fois. L’un à côté de l’autre. Je ne m’en suis rendu compte qu’en relisant. Je ne sais pas pourquoi je l’ai répété. Peut-être que je voulais insister. Peut-être que j’ai oublié que je l’avais déjà écrit. Peut-être que… je ne sais pas. Je l’ai laissé. Je me suis dit que la répétition avait peut-être un sens. Que la langue, parfois, insiste d’elle-même.

 

Je sens que quelque chose se défait. Pas tout. Pas d’un coup. Par petites touches. Comme un tissu qui s’use à force d’être frotté. Je ne lutte pas. Je n’ai jamais aimé lutter. Je préfère accompagner. Accompagner ce qui vient. Accompagner ce qui part.

 

Je continue d’écrire. Même si les phrases se cassent. Même si les mots manquent. Même si la pensée se brouille. Je continue parce que c’est tout ce que je peux faire. Tout ce que je veux faire. Tout ce qui me reste, peut-être.

 

Je regarde la mer. Elle est très calme aujourd’hui. Ou très agitée. Je ne sais plus. Elle bouge. Oui. Elle bouge. C’est tout ce que je peux dire. Elle bouge. Et moi, je bouge aussi, mais pas dans le même sens. Je glisse. Je glisse un peu. Je glisse doucement. Ce n’est pas désagréable. C’est comme s’endormir.

 

Je veux écrire encore quelque chose. C’est maintenant. Je dois le dire maintenant.

Après… je ne pourrai plus. Une dernière chose. Une phrase. Une phrase qui dirait… qui dirait quoi ? Je ne sais plus. Je la sens. Elle est là. Elle est là, juste là, mais elle ne se laisse pas attraper. Elle flotte. Elle flotte comme un morceau de bois sur l’eau. Je tends la main. Je n’y arrive pas.

 

Je crois que… je crois que je vais m’arrêter pour aujourd’hui. Oui. Aujourd’hui. Peut-être demain. Peut-être… je ne sais pas. Je laisse le cahier ouvert. La page attendra. La mer aussi.

 

Fatigué.

Je vais…

les yeux.

Juste…

un peu.

Juste…

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